rue pêcherie

17 janvier 2012

Plage

Un grand blanc
Un soupir
Un silence
L'équilibre du corps
L'équilibre des mots
Le rituel qui s'installe
Le rite
Le rire en grelots
Les mots qui s'alignent
sur la plage blanche 

Un grand blanc
Un soupir
Un silenceautre_direction065
Le bruit des pas
Le battement du coeur
Le crissement du crayon
Le cri
L'écrit
Les mots qui s'alignent
sur la plage noircie

Agnès 

fusain : Champ - autre direction

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29 novembre 2011

Entendu

mouton – plaisant – pli – plissant – une petite chose en ure – écorchure flétrissure – écorchure fissure – une petite fissure une petite plissure c'est mon coeur, c'est ma veine, c'est ma peine, c'est à peine audible perceptible sensible, du froid du frais du frisson qui glisse, du tiède glissant dans la veine comme un filon un ruis un ruisseau un filet d'eau claire sur la roche ensoleillée d'hiver. Une marmotte comme la menotte d'un enfant, un tout petit animal aux aguets à l'aguêt en attente au gué l'oreillé dressée, des oreilles dans tous les coins, dans tous les sens du corps animal pour observer et sentir. Une odeur un parfum attirant, fluide, pénétrant, une odeur de bonheur.
Les moutons dont la toison épaisse forte prend la main, colle, retient la main comme la patte de l'homme sur celle de l'enfant, papa dit l'enfant, comme on lui fait dire. La main joue avec les petites boules noires odorantes, un peu molles, des moutons, dans l'herbe mouillée, la terre, la poussière, l'herbe sèche, le petit buisson parfumé, le ciel bleu boit l'espace de la colline, l'enfant court et ses petits pas résonnent en couleurs dans le ventre et le coeur du papa – de l'homme qui s'élance et qui avale des enjambées de colline. Il ne tient qu'à un fil l'enfant qui court, le fil invisible de la vie qui s'est emparée de lui et qu'il a transformée en désir, en jambes, en fesses, en poitrine et en bras, en rire et en herbe verte. Où s'enfuit-il ? où court-il ? vers quoi ? vers qui ? Papa le rattrape car il a peur  – un peu – peur de lui-même sans le savoir – peur de ce que ça lui ferait de laisser l'enfant partir. Il lui montre sa force. Sa force c'est sa peur – toute douce – qui s'arrête avant de faire mal.
Papa, pourquoi cela est-il inscrit dans mon corps ? Tu n'as jamais couru avec moi, ou je ne m'en souviens pas. Ou toi, mon fils, est-ce parce que nous avons couru ensemble que cela s'écrit de moi ? Ou bien ce sont plutôt ces fourmis qui travaillent dans mes jambes, ces ressorts qui s'exercent dans mes pieds et mes chevilles, comme des petites chèvres.  – Porte le seau que je donne à boire au poulain, crie le grand à pleine poitrine. 
On a fait mal – on a peur parce qu'on a fait mal au prisonnier. Sa poitrine hurle comme un morceau de bois calciné. On a peur pour éteindre tous les feux. On veut pour l'enfant la fraîche eau du torrent. Mais on ne le laisse déjà plus courir.

Jim 

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Plage

Plantée
scotchée
sable humide
marée descendante
deux pieds nus
fourmillement
grains rugueux, doux, scintillants
vibrations
soubresauts
halètement
montent de la plage au crépuscule
la vie
le coeur
l'oiseau
l'artère qui bat au creux du coupetite-calme-des-affleurements
ruissellement
enchantement
rires en grelots
nuages à la dérive
deux pieds nus
et tête perdue

Agnès 

aquarelle et fusain : Champ - petite calme des affleurements

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Mon corps

Ça crie en moi... ça hurle... Je tremble et je plonge mes mains dans la terre. Cette terre, je la malaxe, je la cherche, je la questionne. Mes yeux sont rouges et ma tête me fait mal. Je m'affaisse peu à peu sur le sol, épuisée. Mon front se pose sur l'herbe. Cette herbe, je la respire. Elle me rafraichit, elle me soigne, elle me guérit. Je redresse lentement mon buste. Une onde monte en moi, le long de ma colonne, un flux qui me parle de la vie. A genoux sur le sol, je lance mes racines profond et encore plus profond. Vibrations dans mes jambes, dans mes pieds. Mon corps voudrait encore trembler, mais il ne peut plus. Vaste sentiment de bien-être. Fluide jusqu'alors inconnu le long de ma nervure centrale. Je voudrais bouger, mais l'immobilité m'apaise. Je me concentre, je me retrouve. Puis soudain, je me mets debout. Délectation de mes plantes de pieds épousant le sol. Nouvelles racines qui s'enfoncent, très loin. Trois tournesols dans un vase aout 1888Et voilà qu'une sève nouvelle monte tout le long de mon corps. Je goûte la verticale. Finis les cris, finis les hurlements : je suis une plante, je suis un arbre... Je croîs, je m'épanouis, j'étire mes branches, je prépare mes bourgeons et je fleuris, je fleuris... Je vis la sagesse végétale.
Sensations nouvelles :  rosée du matin... brise qui me berce... délices pour mes racines qui, plongeant toujours plus profond, atteignent une terre humide qui me nourrit. Pourtant, pourtant, tout cela c'est bien mon corps, mon corps enfin vivant, mon corps métamorphosé, mon corps animal et tellement végétal ! Il respire dans sa porosité. Le courant de la vie le traverse et le relie à tout.

Geneviève 

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08 novembre 2011

Place ! ... et relation

C'est ma place ! Non, vous n'y viendrez pasz ! Personne n'entrera. Je vais tendre une ficelle tout autour car ici je suis chez moi... Une ficelle ? – non, il faudrait plutôt un fil de fer barbelé.
Tous vous m'en voulez... il faut bien que je me défende ! Vous êtes d'ailleurs tous des étrangers, je ne vous connais même pas, je n'ai rien à voir avec vous.
Non mais ! je sens un chatouillement sous mon pied... Qui donc se permet ? Oh, une coccinelle ! Mon Dieu qu'elle est jolie ! Attention, je ne vais quand même pas m'attendrir... Regardez, elle ouvre ses ailes... Ne t'envole pas ! Qu'est-ce que j'ai dit ? J'ai dit "regardez" ? A qui ai-je donc parlé ? C'est vrai que vous êtes tous mes ennemis, donc je ne vous parle pas.
"Monsieur, monsieur, vous avez vu la coccinelle ?
Qui a dit cela ? Une toute petite fille avec une jupe rouge.
Que sa jupe soit d'une couleur ou d'une autre, je m'en fiche, je n'en ai rien à faire.
10387-petit-chaperon-rouge-petite-fille-habits-fer-blanc-1"Monsieur, elle est jolie la ficelle que vous avez tendue autour de chez vous !"
C'est un comble... Jolie, ma ficelle ?
"Tu trouves qu'elle est jolie ? Tu veux passer dessous ? Tu veux venir chez moi ? Viens, mais il faut que personne ne te voie... Elle est ravissante, ta jupe. Comment t'appelles-tu ? Je ne dirai ton nom à personne." 
Que m'arrive-t-il donc ? On dirait que je suis heureux que cette petite fille soit entrée chez moi. Et la ficelle ? C'est vrai qu'elle est jolie mais... si je la coupais ?

Geneviève 

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25 octobre 2011

Étapes

Quelle expérience mes amis ! Et encore, elle n’est pas finie, mais je crois que le plus gros morceau est passé.
Hier donc, on m’a demandé, je veux dire la voix m’a demandé, vous savez, la voix dont je vous ai déjà parlé et qui devrait maintenant vous être familière. La voix m’a donc demandé, mais pas uniquement à moi, à Geneviève, à Catherine et à M. Frédérique aussi, de faire tout un tas de gymnastique ! Je ne peux l’appeler autrement…
Etant donné le titre de l’atelier « dire et danser », je devais m’y attendre, et même que je m’étais préparée psychologiquement, enfin, façon de parler car en fait j’avais, dès le milieu de la semaine, occulté le week-end qui approchait. J’ai trouvé ce moyen qui me convient bien car ainsi, pas d’appréhension, pas de supputation, rien de ce genre, ainsi je peux cueillir ce qui se présente tel quel.
Bouger le corps, comme ça, pour rien ai-je envie de dire, tout en imaginant bien que ce n’est pas pour rien, mais le bouger sur commande me transporte dans une sphère inconnue et je dois bien le dire, quelque peu hostile. Mais bon, j’ai joué le jeu, car après tout j’étais venue pour cela et finalement il a bougé ce corps.
L’autre étape, celle de la voix, celle de sortir la voix, de la lancer dans l’espace m’a été… comment dire ? douloureux ? Non, c’est trop fort. Pénible est peut-être plus juste. Oui, pénible. Plus encore que le corps, je crois. Dévoiler la voix de manière aussi ostentatoire m’a donné une impression de « mise à nue » très gênante.giacometti
Alors oui, j’ai souvent entendu dire et l’entendrai sans doute encore, combien bouger le corps, habiter le corps, fait partie d’un tout, et la voix y participe grandement, seulement moi, là où je me sens bien, c’est dans un certain immobilisme, dans le silence, l’observation, la contemplation même, et ressentir une multitude de sensations vibrer en moi...

Caro

 

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11 octobre 2011

Une confrontation

Ça y est, pour la seconde fois, j'ai rejoint la voix. Différente de l'autre mardi. Ce soir son corps a plus exprimé que ses mots. Quoique. Et puis pour l'accompagner le grand Charles était là ! celui qu'on appelait "le fou chantant", vous voyez ?!
La voix nous a priés de nous joindre à ses mouvements et alors là, gros malaise !
Ce n'est pas la première fois que je suis confrontée à ce genre de sollicitation, car il s'agit bien là d'une confrontation !
Oh la la cette chose qui sert de corps m'a toujours paru si étrangère ! Pourquoi faut-il qu'elle revienne ?
Déjà, imaginer que cette chose serait à moi me semble grotesque, alors, tenter de me l'approprier...
Enfin. La voix a suggéré de l'allonger, ce corps, et pas sur le tapis pourtant moelleux, non non, sur le lino tout neuf et tout froid.
Il n'était pas froid au début, juste frais et, ma foi, ce n'était pas désagréable. C'est peu à peu que le froid m'a touchée. De partout et même au travers de mes vêtements !
Et ce froid, c'était bien moi qui le ressentais, et sur quoi je le ressentais ? Eh bien sur le corps ! Voilà qui me déroute !
En dehors de ces appréciations, je me suis imaginée morte. Normal. Toute raide et toute froide ! Pas si mal la mort comme ça ! En plus des notes de jazz dansaient dans la pièce – vraiment pas mal cette mort ! magritte
Même que je ne voudrais pas en sortir ! A quoi bon ? Pourquoi faire ? La même chose qu'hier ? Ou à peu près ? Rien de neuf. Et pourtant en disant cela ou plutôt en l'écrivant je me rends compte combien c'est faux. Tout est neuf. Je le sais, mais je voudrais le sentir au plus profond de mon être, dans chaque cellule, à chaque instant. Utopie. Toutefois, le sentir un petit peu chaque jour, sentir ce mouvement de la vie, cette fameuse impermanence qui me fascine tant. L'impermanence, l'éphémère... la vie quoi !

Caro

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08 octobre 2011

Vrai !

Je suis en état d'hypnose. Je n'entends plus rien. Je ne pense plus rien. Ma tête est vide, vide comme une coquille de noix. Tout est silencieux... Un silence tout nouveau, un silence comme je n'en avais pas entendu depuis longtemps.
Quelle annonce y a-t-il dans tout cela ? — Celle d'un printemps ? Celle d'un début du monde ?
Un début du monde ! oui !... Un monde où tout promet d'être nouveau... un monde du "jamais vu", du "jamais entendu". Un monde de poésie, donc un monde de l'essentiel. Un monde de musique, aussi... une musique douce qui s'infiltre entre les choses et qui s'amplifie, s'amplifie, au point de devenir une symphonie. Ah, tiens, oui : Symphonie du nouveau monde !
Et mon état d'hypnose se prolonge... Vision toute nouvelle de la vie. Mais je ne savais pas que c'était si simple, que c'était si beau ! Il fallait me le dire... Il aurait fallu que je le sache !
matisse-icareTout aurait été différent, mais... tout est différent maintenant !
Me voici donc à l'aube du premier jour et je vous vois, vous tous, pour la première fois... et toi aussi le premier papillon, et toi aussi le rossignol et toi le cheval écumant. L'eau s'écoule d'une source toute nouvelle et je m'y abreuverai car pour la première fois j'ai soif. L'état d'hypnose s'évapore, mais le miracle se prolonge. Ce n'était donc pas un rêve. Tout ce que je viens de vous dire est vrai ! Non, non, vous ne me croyez pas, mais c'est VRAI !

 Geneviève

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28 juin 2011

Rien de plus

C'est une brocante. Un bric-à-brac poussiéreux au fond duquel s'entassent des paysages. Il y fait frais et la vieille dame a coupé brutalement la conversation. Elle ne dira rien de plus aujourd'hui. Sa robe grise et son corsage noir s'endeuillent sous le soleil déclinant. Rentrer chez soi, fermer sa porte, boire un café. Traîner encore un peu ses vieux os jusqu'au fauteuil dans lequel il fera bon se reposer. Demain dimanche il sera temps d'aller au cimetière gratter un peu la terre, donner de l'eau aux plantes. La vieille a bien trop aimé la vie pour ne pas sentir aujourd'hui encore l'odeur piquante des genêvriers entourant les lieux. Mais le temps est si long. Les souvenirs si lourds. Et puis, elle voit bien qu'elle décline et ne comprend plus rien à leurs mails, leurs jeunes chanteurs à la télé, et leur développement durable. Les gens d'aujourd'hui sont bien compliqués. bruegelAvant, jeune fille, il lui fallait composer avec le curé et avec sa mère, et ne pas laisser de paille dans ses cheveux. Ça pique la paille. On éternue. Et puis, la terreur du ventre qui pourrait s'arrondir. Au fond, elle avait eu de la chance. Henri avait l'âme rude et il était peu causant. Mais ses mains câleuses étaient si chaudes sur ses reins. Pas besoin de tant parler. Le corps faisait le reste. Et c'était si bon que la vie fut bien accomplie.

Marpi

remerciement > Brueghel

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21 juin 2011

Vibration

La fleur qui vibre nourrit l'abeille. L'abeille insémine les arbres et les plantes. Il est doux de penser que notre survie dépend des fleurs.
Fleurs sauvages des montagnes, qui tiennent dans l'air bleu et jaune.
Fleurs en pot que l'on offre à sa maman. Il est doux de penser que l'inutile et le fragile, l'art ou la simple vibration de l'être sont le ciment de la société, tant que la société reste une société. Avant la dictature, la guerre civile. Avant les massacres et l'horreur – ou en résistance d'avec elle.
Alors, vivent les artistes, les philosophes, les rêveurs. Capter la vibration de l'instant semble si nécessaire, si indispensable qu'il devient alors un devoirliberte-palmier-212x300 de se transformer en fleur.
Et le mot solidarité prend tout son sens. Car une fleur, il faut parfois l'arroser, lui mettre un tuteur, la soigner, la soutenir dans son effort.

Marpi 

affiche > Denise Lataste

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